M. Bitbol,

Schrödinger's philosophy of quantum mechanics,

Kluwer, 1996

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Short presentation of the book

Schrödinger's philosophy of quantum mechanics gives a comprehensive account of Erwin Schrödinger's successive interpretations of quantum mechanics, insisting on their final synthesis in the 1950's.
The book shows that the widespread view according to which Schrödinger was "conservative" in his approach of quantum mechanics is ill-founded. A rational reconstruction of Schrödinger's innovative interpretation of the quantum theory in the 1950's, including his insistance on field quantization, is undertaken. His apparently conflicting attitudes towards realism (which combine Mach's positivism and realism of theoretical entities) are reconciled in the framework of S. Blackburn's "quasi-realism". Schrödinger's rejection of corpuscles, and his adoption of wave-like entities instead, is shown to be a by-product of his phenomenalist conceptions of material bodies and of his quasi-realist attitude towards theoretical entities. Then, his views on the measurement problem are compared with current no-collapse interpretations (especially Everett's and Van Fraassen's). Finally, Schrödinger's and Bohr's positions are systematically contrasted. The difference between Bohr's combination of holistic and dualistic analysis of the measurement process (contextual phenomena combined with classical-quantum functional cut), and Schrödinger's parallelist
conception (sequence of experimental events - unitary evolution of the wave function), is emphasized.

TABLE OF CONTENTS BELOW

 

Présentation du livre

Très peu d'articles et d'ouvrages ont été consacrés à la conception de la mécanique quantique que défendait Erwin Schrödinger autour de 1950. L'opinion commune considère en effet que Schrödinger ne s'est jamais complètement remis de son échec de la fin de 1926 et de 1927 au sujet de l'interprétation de la mécanique quantique, et que ses réflexions tardives ne sont guère que l'expression de sa nostalgie résurgente pour l'idéal perdu de la représentation du monde, voire pour celui d'une représentation semi-classique.

Mais le contenu et le style des textes écrits par Schrödinger au début des années 1950 ne s'accordent guère avec ce jugement sévère; ces textes posent plutôt les prémisses d'un renouveau complet des concepts associés aux théories physiques, et du statut de la représentation.

Afin de comprendre cette divergence entre les textes de Schrödinger et les appréciations portées par ses lecteurs, j'ai adopté plusieurs stratégies. Pour commencer, j'ai voulu comprendre les racines historiques de la conception courante selon laquelle Schrödinger était de quelque manière «conservateur» dans sa conception de la mécanique quantique. J'ai en particulier analysé le débat qui eut lieu durant les années 1950 entre Heisenberg et Born d'une part, et Schrödinger d'autre part (paragraphes 1-2 à 1-6 du livre, Voir table des matières ci-dessous). Puis j'ai tenté une reconstruction rationnelle de l'interprétation de Schrödinger dans le long terme, de 1924 à 1958. A la lumière de cette reconstruction, il apparaît que la perspective chronologique doit être inversée si l'on veut saisir la logique interne de ses positions successives durant cette période (voir paragraphe 1-9). Au lieu de considérer que l'interprétation schrödingerienne de la mécanique quantique durant les années 1950 est une réminiscence tardive des interprétations «purement ondulatoire» et «électrodynamique» de 1926, j'ai montré en quoi les interprétations de 1926 peuvent être considérées comme des réalisations prématurées (et imparfaites) d'un programme de recherche à la fois théorique et philosophique dont l'aboutissement se situe dans les années 1950. Il est vrai que ce programme n'a pas été explicitement formulé dès le début; mais des arguments tendant à montrer que Schrödinger s'en est constamment inspiré, et que l'arrière-plan conceptuel en était à sa disposition dès les années 1920 et 1930, sont fournis aux chapitres 2 et 3 du livre. L'inexactitude historique de la reconstruction rationnelle n'est donc que partielle, et elle est plus que compensée par l'aperçu qu'elle fournit sur les motivations philosophiques de Schrödinger lors de sa réinterprétation de la mécanique quantique durant les années 1950.

La tâche essentielle à accomplir si l'on désire comprendre les subtilités du processus de pensée de Schrödinger, consiste à donner sens à ses attitude apparemment conflictuelles vis-à-vis du réalisme. Tandis que ses écrits philosophiques montrent de fortes affinités avec le positivisme sensualiste de Mach, ainsi qu'avec l'idéalisme allemand post-kantien, Schrödinger adopta une attitude relevant d'un réalisme presque naïf dans ses articles fondateurs de 1926 sur la mécanique ondulatoire; et il soutint par la suite, vers 1950, un réalisme scientifique plus sophistiqué dont Einstein se sentait très proche. Cependant, ces positions ne sont pas aussi incompatibles qu'elles semblent l'être, pour peu que les formes naïve et scientifique de réalisme ne soient pas confondues avec un réalisme proprement métaphysique. Aux paragraphes 1-5, 2-1, 4-2, et 5-9 du livre, la distinction est soulignée sous diverses formes, par référence au quasi-réalisme de S. Blackburn et au réalisme interne de H. Putnam.

Une étape ultérieure de ce travail a consisté à replacer l'interprétation de la mécanique quantique proposée par Schrödinger vers 1950 dans un contexte plus vaste; à la fois celui de sa propre réflexion philosophique, souvent menée indépendamment de la physique, et celui d'autres auteurs (comme Bohr) qui affrontaient la même situation. Au chapitre 5 du livre, je montre que le rejet des entités corpusculaires et l'adoption d'entités nouvelles de forme ondulatoire représente une conséquence naturelle de la conception phénoméniste du corps matériel que défendait Schrödinger.

Puis, au chapitre 6, j'analyse sa façon d'associer une critique dévastatrice de l'idée de «réduction du paquet d'ondes», et un scepticisme croissant à l'égard de toute tentative de faire des événements expérimentaux macroscopiques des traits émergents d'une fonction d'ondes universelle (comme dans les versions les plus ambitieuses de la théorie moderne de la «décohérence»). La position de Schrödinger à l'égard du problème de la mesure favorise plutôt l'idée d'un «parallélisme» entre le développement temporel continu d'une fonction d'ondes holistique, et la succession discontinue des événements expérimentaux macroscopiques. Le seul lien admis entre ces deux séries est la règle probabiliste de Born.

Je compare ensuite systématiquement, aux paragraphes 6-1 à 6-3, les positions de Schrödinger et de Bohr. Leur désaccord apparaît venir d'une différence petite mais cruciale entre l'analyse partiellement dualiste que Bohr propose du processus de mesure (coupure fonctionnelle entre les fractions classique et quantique de la chaîne de mesure), et la conception schrödingerienne d'un parallèle entre l'évolution stochastique des résultats expérimentaux et l'évolution unitaire des fonctions d'onde. Le parallélisme défendu par Schrödinger est comparé, aux paragraphes 6-4 à 6-8, à une autre sorte de parallélisme qui est à l'heure actuelle le thème d'intenses discussions philosophiques: le parallélisme entre les comptes-rendus intentionnel et causal des actions. Je montre que les deux parallélismes peuvent être tenus pour des conséquences de la même différence fondamentale entre deux attitudes dont aucune n'est complètement réductible à l'autre, ni complètement inter-traduisible en termes de l'autre: l'attitude de la compréhension intersubjective et l'attitude de l'explication objectivante (voir H. Von Wright, K.O. Apel, P. Ricoeur, etc.). Ces dernières réflexions ont trouvé leur prolongement dans mon livre Physique et philosophie de l'Esprit.

 

Table des matières / Table of contents

MICHEL BITBOL

Schrödinger's philosophy of quantum mechanics, KLUWER, 1996

 

Preface VII

1-The controversy between Schrödinger and the Göttingen-Copenhagen physicists in the 1950's
1-1 Schrödinger's successive interpretations of quantum mechanics according
to the current views 1
1-2 Born's and Heisenberg's criticism of Schrödinger's late interpretation of
quantum mechanics
3
1-3 Historical flaws in the Born-Heisenberg critique of Schrödinger's late
interpretation of quantum mechanics 6
1-4 Misunderstandings about the concept of particle
8
1-5 Misunderstandings about the concept of "reality"
12
1-6 Misunderstandings about "causality"
15
1-7 Schrödinger's over-revolutionary attitude
20
1-8 Modernity and post-modernity
24
1-9 The continuity of Schrödinger's attitude towards quantum mechanic
(an outline)
30

2-Schrödinger's theoretical project
2-1 Reality and virtuality (1924)
34
2-2 Holism and wave-packets (1925)
41
2-3 Holism and the three dimensions of space (1926)
50
2-4 Wave interpretation versus electrodynamic interpretation: a prehistory
of the empirical correspondence rules
55
2-5 The lack of pictures
64
2-6 The lack of continuity
71

3-The analytical stance

3-1 The ontological significance of the uncertainty relations
82
3-2 The state vector as a catalog of informations
87

4-Towards a new ontology
4-1 The fading of the concept of particle
92
4-2 An ontology of state vectors
97
4-3 The "blind spot" of quantum mechanics
110
4-4 Neo-Schrödingerian views on the measurement problem. I-Everett's
interpretation 126
4-5 Neo-Schrödingerian views on the measurement problem. II-Modal and critical
interpretations 149

5-The "thing" of everyday life
5-1 The three features of objects
160
5-2 The aspects and the "thing"
161
5-3 The "elements" of the construction (Mach, Russell, Schrödinger, Husserl)
164
5-4 Are the "basic data" really basic?
167
5-5 The construction of objects and the unconscious
174
5-6 The "thing" and the future
180
5-7 Possibilities and infinities
183
5-8 The "thing" as theory, and the theory as expectation
188
5-9 Realism and morals
198
5-10 Form and individuality
205
5-11 Wholeness and individuality
208

6-Complementarity, representation and facts

6-1 Schrödinger's criticism of Bohr's complementarity 211
6-2 Bohr's complementarities
213
6-3 Schrödinger's "complementarities"
221
6-4 Two parallelisms
226
6-5 Being-in-a-body and being-in-the-world
227
6-6 The body, the world, and dualism
238
6-7 The body, the world, and monism
245
6-8 The body, the world, and anomalous parallelism
248

Conclusion 263

Bibliography 267

Index 279

REVIEWS :

British Journal for the Philosophy of Science, 49, 329-331, 1998

Isis, Vol. 91, No. 1 (Mar., 2000), pp. 187-188