Sur Erwin Schrödinger

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Erwin Schrödinger est né à Vienne (Autriche) en 1887. Après des études secondaires classiques, il entre en 1906 à l'Université de Vienne où il suit l'enseignement de physique dispensé par les successeurs de Boltzmann. Son intérêt précoce pour la philosophie est attesté par de brefs essais sur les pensées de la Grèce antique et de l'Inde, ainsi que sur l'empirisme anglais. Ses premiers travaux scientifiques, entre 1911 et 1922, portent sur la mécanique statistique, la théorie de la relativité générale, la psycho-physiologie des sensations et la physique atomique.

Durant l'année 1918, Schrödinger se consacre à une réflexion philosophique marquée par sa complicité avec l'oeuvre de Schopenhauer.

Nommé professeur de physique à Zürich en 1922, il concentre son oeuvre sur la théorie des quanta. Au début de 1926, à la suite de sa lecture de la thèse de Louis de Broglie, il formule l'«équation de Schrödinger», élément majeur de l'une des deux formes mathématiquement équivalentes de la mécanique quantique. Ce travail lui vaut la chaire de physique de Berlin en 1927, et le prix Nobel en 1933.

Volontairement exilé d'Allemagne dès 1933, Schrödinger enseigne successivement à Oxford, Graz et Bruxelles, puis à Dublin de 1940 à 1957. La période d'exil, de 1933 à 1957, est aussi celle de la réflexion sur les fondements de la mécanique quantique (Voir ses livres Physique quantique et représentation du monde et The interpretation of quantum mechanics). Il meurt à Vienne en Janvier 1961.

La philosophie de Schrödinger se caractérise par une dichotomie radicale et délibérée entre la métaphysique et la réflexion sur les sciences. Le motif de la séparation entre les deux modes de pensée, à savoir le processus d'«objectivation», représente aussi le lieu de leur articulation. Il se situe, comme on va le voir, au coeur de la problématique du physicien viennois.

Schrödinger établit sa doctrine métaphysique sur une double évidence vécue: celle de la singularité de la conscience dans la pérennité du «maintenant», et celle d'une parfaite adhésion du sentant au senti, du pensant au pensé, dans la «représentation». La systématisation de ces constats aboutit à une «doctrine de l'identité» inspirée des Upanishads, de l'Advaita Vedanta, et des grandes récurrences trans-culturelles de la littérature mystique (voir son livre L'esprit et la matière).

Mais seule la brisure de l'Unité éprouvée rend concevable la naissance des sciences. La mise à l'écart du sujet de la connaissance, son recul hors de la scène du monde, l'«objectivation» en un mot, a donc dû survenir ou être érigée en principe dans l'histoire. Schrödinger identifie la trace de cet événement dans trois fragments d'Héraclite (B-2, B73, B114). (Voir son livre La nature et les grecs)

Les sciences ayant ainsi été fondées sur l'exclusion du sujet connaissant, elles ne peuvent que rester muettes à son égard. De là vient l'intransigeance (apparemment paradoxale) de Schrödinger vis-à-vis de toute tentative d'affaiblir la condition épistémologique d'objectivité. Une intransigeance qui affleure dans l'anti-vitalisme de son essai Qu'est-ce que la vie? mais qui se manifeste surtout à travers ses prises de position au cours du débat sur l'interprétation de la mécanique quantique. Schrödinger a en particulier rejeté l'idée heisenberguienne selon laquelle la physique quantique rend inapplicable la «division conventionnelle entre sujet et objet», et s'en est tenu à un «réalisme» méthodologique, que j'ai rapproché du Quasi-réalisme de S. Blackburn (Voir mon livre Schrödinger's philosophy of quantum mechanics).

 

Erwin with his psi can do
Calculations quite a few.
But one thing has not been seen
Just what does psi really mean.

English translation by Felix Bloch of a poem by Walter Huckel.

 

Avec son Psi, Erwin peut faire
Tous les calculs nécessaires.
Mais jamais on ne l'a vu écrire
Ce que Psi veut vraiment dire.

...Et une libre adaptation française.