Présentation de René Descartes, Le Monde, L'Homme, introduction de Annie Bitbol-Hespériès, textes établis et annotés par Annie Bitbol-Hespériès et Jean-Pierre Verdet, Paris, éditions du Seuil, collection Sources du Savoir, 1996.

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Cette édition en un seul volume du traité du Monde incluant L'Homme est conforme au projet de Descartes, puisque L'Homme est le chapitre XVIII du Monde. Son objet est de donner à lire Le Monde et L'Homme dans une orthographe et une ponctuation modernisées, et de rendre plus accessible le texte de Descartes, en l'accompagnant d'une annotation qui replace cet écrit dans le contexte de l'essor des sciences astronomique et médicale du premier tiers du dix-septième siècle.
L'introduction précise notamment le contexte des ambitieuses recherches menées par Descartes pour rédiger Le Monde et L'Homme, avant qu'il n'apprenne la condamnation de Galilée. Cette condamnation motive la décision cartésienne d'ajourner la publication du Monde où Descartes s'était rallié aux découvertes des "nouveaux astronomes" : Copernic et Galilée. Mais Descartes décide ensuite de redistribuer les thèmes de L'Homme dans la Dioptrique qu'il remanie pour publication et dans la cinquième partie du Discours de la méthode, introduction aux Essais en français.
Le texte de L'Homme est précédé de planches anatomiques extraites du Theatrum anatomicum de Caspar Bauhin (Gaspard Bauhin) (édition de 1621, conservée à la réserve de la Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine de Paris), avec traduction et commentaire des légendes. En effet, dans L'Homme, Descartes conseille à ses lecteurs de se référer à "quelque savant anatomiste", et renvoie, à plusieurs reprises, aux "anatomistes". Les planches que j'ai choisies viennent donc éclairer le texte de Descartes. Bauhin, que Descartes a lu, présente dans son Théâtre anatomique des planches d'une grande qualité. Elles sont inspirées des tables anatomiques illustrant le De humani corporis fabrica de Vésale, ouvrage qui a marqué le renouveau exemplaire de l'anatomie à la Renaissance. Mais Bauhin actualise aussi les illustrations de Vésale, en s'appuyant sur ses propres découvertes en anatomie, et en intégrant les innovations d'autres grands anatomistes, notamment ceux qui sont issus de la fameuse école de Padoue, où il a lui-même étudié. Les planches présentées ont pour but de rendre plus compréhensibles des paragraphes du texte de Descartes dont le sens est de nos jours moins clair, en raison de l'extraordinaire essor qu'a connu la science anatomique après l'invention du microscope. Car Descartes écrit avant cette invention, qu'il appelle de ses voeux. Ces planches montrent ainsi la structure du coeur, ses valvules, son "petit nerf", et les anastomoses des vaisseaux dans le foetus, thèmes sur lesquels Descartes insiste. Elles montrent également les réseaux des artères et des veines, tels qu'ils étaient figurés juste avant que la démonstration, par Harvey, du mouvement du coeur et de la circulation du sang, ne vienne bousculer ces schémas. Or le traité de L'Homme est écrit à ce moment où la médecine (pour ne pas utiliser le terme anachronique de biologie) connaît d'immenses bouleversements. Et Descartes y participe, en admettant, très rapidement après la publication de la démonstration de Harvey (l'Exercitatio de motu cordis et sanguinis in animalibus date de 1628), la circulation du sang. Parmi les éléments qui ont permis la démonstration de l'authentique découverte de Harvey, figure la réflexion qu'il a menée sur la découverte des valves des veines par Fabrice d'Acquapendente, son maître padouan. Dans le traité de L'Homme, Descartes ne commente pas, comme il le fera dans le Disours de la méthode, puis dans la Description du corps humain, l'argument de Harvey, tiré de l'existence des valves veineuses pour sa démonstration de la circulation. Dans L'Homme, Descartes fait toutefois allusion à cette découverte des valves veineuses. C'est pourquoi deux planches du Theatrum anatomicum, directement inspirées du traité de Fabricius d'Acquapendente (le De venarum ostiolis, publié à Padoue en 1603), illustrent cette découverte, sur laquelle Descartes, après Harvey, a médité. Les autres planches sélectionnées sont consacrées à deux domaines privilégiés dans les recherches médicales chez Descartes : d'une part la structure de l'oeil, d'autre part la structure intra-cérébrale, avec la représentation de la fameuse "glande H", dont Descartes fera ensuite le siège de l'äme. Deux sortes de notes ont été rédigées pour cette édition : notes de vocabulaire, (avec des appels de lettres), en marge du texte du Monde et de L'Homme, et notes en fin de texte (appels avec des chiffres), pour celles qui éclairent le contexte historique.

Portrait de Vésale et amphithéâtre d'anatomie de Padoue

 

Argument des valves veineuses dans la démonstration de la circulation du sang par W. Harvey

Mots-clés:

Le Monde, L'Homme, cosmologie, médecine, biologie, le projet de Descartes; la métaphysique de 1630; le 'connais-toi toi-même' en médecine; la fondation d'une nouvelle anthropologie; Descartes et l'héritage de l'année 1543: les nouvelles découvertes scientifiques en astronomie (de Copernic à Galilée) et en médecine (de Vésale à Harvey); une nouvelle théorie de la connaissance; l'ajournement de la publication du Monde incluant L'Homme après la condamnation de Galilée; la redistribution des thèmes dans la Dioptrique et le Discours de la méthode; de L'Homme au Discours de la méthode: la lecture du traité de William Harvey sur le mouvement du coeur et la circulation du sang (Exercitatio de motu cordis et sanguinis in animalibus); les sources anatomiques de Descartes et leurs limites, présentation de Caspar Bauhin (Gaspard Bauhin), du Theatrum anatomicum, et des planches d'anatomie retenues: tables anatomiques sur le coeur, avec représentation du 'petit nerf', sur les vaisseaux (artères et veines), sur les valves des veines, sur l'oeil, sur le cerveau (structure intracérébrale), avec représentation de la glande 'H'.

Lumière, sensations, 'yeux des regardants', principes d'une explication mécaniste du monde, physique cartésienne, héliocentrisme, 'fable', lois de la nature, matière, mouvement, 'nouveaux astronomes' (Copernic, Kepler, Galilée), planètes, comètes, étoiles, Le Monde et La Dioptrique, Le Monde et Les Principes de la philosophie,

L'homme, le dualisme cartésien, les principes d'une explication mécaniste du corps humain, le mouvement du coeur, la circulation du sang, les valves veineuses, le coeur principe de vie, le 'feu sans lumière' siégeant dans le coeur, vie et chaleur cardiaque, union de l'âme au corps, cerveau, nerfs, esprits animaux (parties les plus vives et les plus 'subtiles' du sang), 'petit nerf' du coeur, explication des sens, description des organes des sens, description précise de la structure de l'oeil, explication détaillée du sens de la vue, rôle des nerfs optiques dans la vision, erreurs de perception, explication des sensations, de la douleur, 'force de l'âme', glande H, glande pinéale 'siège de l'imagination et du sens commun', imagination et mémoire, les idées, le 'vrai homme', L'Homme et la cinquième partie du Discours de la méthode, L'Homme et La Dioptrique, L'Homme et les Principes de la philosophie;