Michel Bitbol
DIRECTEUR DE RECHERCHE CNRS, CREA/ECOLE POLYTECHNIQUE

MODULE DE PHILOSOPHIE DE LA CONNAISSANCE
(Dans le cadre du M2 de Philosophie Contemporaine, Université Paris I)

 

2008-2009

 

Peut-on naturaliser la théorie de la connaissance ?

 

Le lundi de 9h à 11h. Premier cours le 9 février 2009.

Salle Halbwachs, Escalier C 1er étage, 17, rue de la Sorbonne, 75005 Paris

 

La théorie de la connaissance traditionnelle fixe a priori les normes qui doivent conduire la recherche sur la « voie sûre de la science » en assurant qu’à échéance plus ou moins longue tout doute sera banni. Elle utilise pour cela des méthodes extérieures aux domaines scientifiques qu’il s’agit de garantir, elle n’est pas empirique, et elle ne prétend pas élucider les procédures concrètes utilisées par les sujets connaissants. Elle vise à fonder la validité des preuves offertes à l’appui d’une théorie scientifique, et leur connexion avec l’idéal de vérité.

Par contraste, les méthodes d’une théorie de la connaissance naturalisée sont celles de la discipline scientifique même qu’elle vise à élucider, son matériau est empirique, et son but immédiat est d’étudier la formation des croyances chez des êtres humains vivants. L’épistémologie naturalisée ne fixe pas par elle-même des normes de validité absolue, mais décrit a posteriori les circonstances et les dispositifs qui ont conduit les communautés de chercheurs à des instruments théoriques suffisamment opérants dans un champ d’intervention donné.

Les reproches croisés que s’adressent les partisans des deux types de théories de la connaissance sont bien répertoriés. Le théoricien de la connaissance naturalisant dénonce les normes que la théorie de la connaissance traditionnelle prescrit au nom d’un savoir philosophique présumé « supérieur ». D’où viennent ces normes ; de quel crédit peuvent-elles se prévaloir ; au nom de quoi cherche-t-on à les imposer comme une connaissance préalable aux connaissances validées qu’elles prétendent permettre ? De son côté, le théoricien de la connaissance traditionnel accuse la théorie de la connaissance naturalisée de circularité. Comment appuyer l’entreprise de la science tout entière sur des connaissances scientifiques sans commettre une pétition de principe ?

Pourtant, à l’examen plus attentif, la théorie de la connaissance traditionnelle n’échappe pas au reproche de circularité, et la théorie de la connaissance naturalisée ne peut se passer de normes préalables à l’entreprise scientifique. Le sort des deux genres de théorie de la connaissance est bien plus lié que leurs partisans ne l’admettent. L’objet de ce cours est de montrer comment les deux types de théorie de la connaissance entretiennent une coopération féconde, par delà leur conflit apparent.

 

Bibliographie

 


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