De l’intérieur du Monde
Pour une philosophie et une science des relations
Michel Bitbol
Flammarion, Février 2010, 720 pp.

Nous sommes les héritiers d’une image archétypale de la connaissance comme dévoilement de ce qui se trouve caché au plus profond des choses, dans l’intimité de ce qui leur est propre. Selon elle, la relation entre les choses est une conséquence superficielle de leur « nature », et notre relation aux choses est une manière indirecte, fragmentaire, et incertaine d’y accéder.
Pourtant, depuis leur essor au dix-septième siècle, les sciences de la nature ne cessent de démentir cette image, et d’en inverser les priorités. Les énoncés sur les choses ne sont plus que l’ombre portée du travail scientifique consistant à susciter les phénomènes par des relations expérimentales ordonnées, et à établir des relations légales entre ces phénomènes. L’inversion de priorités atteint son paroxysme en physique quantique, où il est question de relations qui sont définies sans que les propriétés qu’elles unissent le soient. Mais l’empreinte durable de la représentation « absolutiste » de la connaissance empêche d’en accepter toutes les conséquences philosophiquement révolutionnaires. Il résulte de cela une pensée en porte-à-faux, un conflit entre son idéal et son fruit, qui se manifeste par d’apparents paradoxes et contribue au « malaise dans la civilisation ».
Ce livre propose d’y remédier à la source. Il repense la théorie de la connaissance, l’ontologie, et leurs interactions réciproques en les dotant d’une grille de lecture relationnelle conforme à la direction du développement des sciences, et non plus de l’ancienne grille de lecture monadique entretenue à notre insu par les formes de la langue. Il étend la cure à ses dimensions culturelle et existentielle en s’appuyant sur la philosophie de Nâgârjuna, penseur indien du iie siècle, auteur de référence de l’école bouddhique de la « voie moyenne », qui tire les ultimes conséquences pratiques de la co-relativité des phénomènes et de leur absence (ou « vacuité ») de nature propre.
Table des matières
Introduction
I La relation transversale: sur les rapports du connaissant et du connu
Chapitre 1 La relation cognitive, en l’absence d’« extériorité »
Longueur, largeur et profondeur
Circuler, faute d’en sortir
Schèmes conceptuels et impossible extériorité
L’autonomie du schème par rapport au langage
Le schème et la sculpture du non-sens
L’explicitation du schème comme instrument de traduction
Le couple intérieur-extérieur sans intérieur ni extérieur
Chapitre 2 Critères « internes » de relativité
La finitude comme critère de relativité
Pluri-régionalité et relativité
La relativité cognitive hors la loi de la perspective : le cas de la mécanique quantique
Relation cognitive transcendante et relativité immanente en mécanique quantique
L’avancée hésitante de la « relativité immanente » dans les lectures contemporaines de la mécanique quantique (I-Les interprétations dispositionnelles)
L’avancée hésitante de la « relativité immanente » dans les lectures contemporaines de la mécanique quantique (II-Les interprétations relationnelles)
Chapitre 3 Relations cognitives et épistémologie transcendantale
Kant sans la chose en soi?
Philosophie des relations ou thérapeutique relationnelle? Premiers pas sur la « voie moyenne »
L’envers et l’endroit de la « mesure »
La co-relativité du sujet et de l’objet selon la « voie moyenne »
Le relativisme entre auto-réfutation et auto-accomplissement
II La relation latérale: critique du modèle monadique de la connaissance
Chapitre 4 Sur la relativité des relations entre objets
Les contreparties incongruentes : une situation-test de la double relativité
La mesure en physique quantique, entre anthropologique et transcendantal
Des relations « non-fondées » aux relations non-survenantes
Relations non-survenantes en physique quantique : la non-séparabilité
L’identité relative en physique quantique
Le holisme, ultime ressource de l’ontologie ou métaphore de la philosophie critique ?
Chapitre 5 Fondement relationnel, fondement causal
Un tableau des échappatoires à la double relativité
Sur une ontologie de relations « internes » en physique quantique
Sur une ontologie de relations causales « externes » : (1) Réciprocité et causalité, de Kant à la théorie de la relativité
Sur une ontologie de relations causales « externes » : (2) non-séparabilité quantique et causalité
Critique des ontologies de relations causales externes
Chapitre 6 Une ontologie de relations est-elle simplement possible ?
Surgissements et éclipses de l’ontologie de relations : premiers aperçus historiques
Une ontologie de relations au banc d’essai théologique
L’ontologie relationnelle comme ombre d’une nouvelle logique
Des relations aux complexes relationnels : l’univers-graphe
Structuralisme et connaissance en physique
La méthode structuraliste
Les structures sont-elles seules connaissables ?
Le monde n’est-il que structure ?
Un structuralisme subjectif : Arthur Eddington
Un structuralisme de l’interface agissante
La structure comme nom, l’isomorphisme comme verbe
En deçà des causes et des successions : retour sur la « voie moyenne »
III Le cercle des relations: naturalisation et auto-consistance
Chapitre7 L’entrelacs des épistémologies
Epistémologie normative, épistémologie naturalisée
Fondement contre cercle, ou réciprocité dynamique ?
Une coopération entre les deux épistémologies « antagoniques »
Sur les sources métaphysiques de l’épistémologie transcendantale
L’enchevêtrement des cercles relationnels
Epistémologie naturalisée relationnelle et épistémologie transcendantale
Chapitre 8 L’émergence sur un mode relationnel
L’aporie des propriétés émergentes
Des propriétés émergentes aux relations émergentes
Conclusion
DOSSIER DE PRESSE
CRITIQUE
DE ROGER-POL DROIT, LE MONDE, 5 MARS 2010
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Article
de Florian Forestier dans ACTU PHILOSOPHIA 6 mars 2011
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Emission de France-Culture, « Continent Sciences » avec Stéphane Deligeorges, 26 Avril 2010
Recension du JOURNAL DU CNRS, Mars 2010

Philosophie Magazine Mai 2010

