Michel Bitbol

Directeur de recherche au CNRS

ARCHIVES HUSSERL (UMR CNRS 8547, Pays Germaniques)
Ecole Normale Supérieure, 45, rue d'Ulm, 75005 Paris, France

michel.bitbol@ ens.fr


COURS en 2018 :

PHYSIQUE QUANTIQUE ET PHILOSOPHIES TRANSCENDANTALES

Master de philosophie de PSL

Parcours “Philosophie de la connaissance, Histoire et philosophie des sciences”



6 séances de 4 heures

Le lundi de 12h À 16h à la salle Cavaillès de l'ENS

01/10/18

19/11/18

15/10/18

03/12/18

29/10/18

17/12/18



Ce cours vise à donner à la physique quantique une nouvelle forme d’intelligibilité. La physique quantique résiste en effet depuis près d’un siècle à sa lecture comme texte cryptique d’une possible représentation du monde ; mais elle devient aisément compréhensible comme reflet des activités d’anticipation et de maîtrise technologique de ce monde. Pour montrer cela, on mobilisera toutes les variétés de la philosophie transcendantale. Leur stratégie, dans le sillage de la « révolution copernicienne » de Kant, consiste à renverser la direction de l’enquête épistémologique, en cessant de postuler que les connaissances consistent à recueillir une image du monde et de ses objets, et en se demandant au lieu de cela comment le domaine d’objectivation se règle sur l’activité de connaissance. C’est cette méthode réflexive et « corrélationniste » qui sera appliquée à la physique quantique. C’est elle également qui sera défendue contre l’accusation (portée par les réalismes spéculatifs) d’être un « étrange savoir de philosophes » ignorants des sciences, en montrant qu’elle est au contraire notre meilleure ressource pour clarifier le sens de la physique contemporaine.

À titre préliminaire, on passera en revue l’histoire conceptuelle des théories quantiques, de leurs interprétations, et surtout de leurs fameux paradoxes. En examinant les « paradoxes quantiques », on préparera le terrain au renversement transcendantal : les considérer comme une question insistante posée à l’épistémologie, plutôt que comme la révélation d’une hypothétique étrangeté ontologique du monde.

Dans un deuxième temps, on répondra à une critique récurrente selon laquelle toute analyse transcendantale de la physique quantique est caduque avant même d’avoir été amorcée. Au début du XXe siècle, la plupart des physiciens ont considéré que la philosophie de la connaissance de Kant était invalidée par les révolutions relativiste et quantique. La relativité semblait mettre en défaut l’esthétique transcendantale (la doctrine de l’espace comme forme a priori de l’intuition sensible), et la mécanique quantique semblait rendre inapplicable l’analytique transcendantale (la doctrine de la causalité comme forme a priori de l’entendement). Pourtant, certains philosophes néo-kantiens de l’époque (E. Cassirer, H. Reichenbach, G. Hermann, etc.) ont montré que ces problèmes sont surmontables. Dans le sillage de ces auteurs, au moins quatre stratégies d’adaptation de la philosophie transcendantale au défi de la physique moderne ont été adoptées: 1) Restreindre les principes kantiens au domaine de la connaissance ordinaire; 2) Chercher des principes a priori plus généraux que ceux de Kant, capables de s’étendre au domaine de validité de la physique moderne; 3) Relativiser et historiciser l’a priori ; 4) Concevoir les théories physiques contemporaines, non pas comme expressions de la fonction constitutive des catégories, typique de la Critique de la Raison Pure, mais comme projection formelle d’un programme d’unité du système de la nature, typique de la Critique de la Faculté de Juger. Toutes ces stratégies d’adaptation seront reprises, combinées et amplifiées.

Dans un troisième et dernier temps, on activera plusieurs approches transcendantales alternatives, post-kantiennes, néo-pragmatistes, et phénoménologiques, pour accroître encore l’intelligibilité réflexive de la physique quantique. On appliquera la règle fichtéenne d’accord entre le dire et le faire, qui culmine dans les arguments transcendantaux contemporains et dans leur principe de non-contradiction performative. On se demandera comment redériver la structure et les normes des théories quantiques à partir de prescriptions applicables aux pratiques de la connaissance. On proposera une interprétation transcendantale du « problème de la mesure », de la décohérence et des « expériences à choix retardé » au sens de John Wheeler. Enfin, on montrera la pertinence de la phénoménologie (de Husserl à Merleau-Ponty), pour comprendre certaines interprétations contemporaines de la théorie quantique, telles que l’interprétation d’Everett (hâtivement identifiée à celle de la « pluralité des mondes »), et surtout le QBism (Quantum Bayesianism). L’application par le mathématicien Hermann Weyl de la phénoménologie husserlienne aux théories relativistes de l’espace et du temps, sera prise comme témoin.

Validation du cours : Mini-mémoire de 10 pages environ, sur un thème voisin du programme ci-dessus

BIBLIOGRAPHIE du COURS (LIVRES)

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Séminaire de lecture et commentaire d'articles de recherche : les mêmes lundis à 18h ou 19h, selon les cas, dans mon bureau aux Archives Husserl, Pavillon Pasteur 1er étage. Il durera une heure.

Le séminaire de lecture concerne uniquement les étudiants et auditeurs volontaires pour faire un exposé, ou pour discuter, autour d'un article récent proche du programme du cours. Je demanderai à la fin de chaque cours qui se propose pour préparer l'exposé suivant, et qui souhaite y assister.

Des articles pouvant faire l'objet d'un exposé sont disponibles ci-dessous, avec des thèmes illustrant ceux de chaque séance.



Séance 1

L'exposé de la séance du séminaire de lecture du 1er octobre (exceptionnellement à 18h) a été assuré par Laura de la Tremblaye, doctorante à l'ENS et à l'université de Genève. Il a porté sur l'article suivant :

H. Zwirn, « The measurement problem : decoherence and convivial solipsism »

D'autres articles utiles pour cette séance sont :

C. Schmitz-Rigal, « Ernst Cassirer: open constitution by functional a priori and symbolical structuring »

J.L. Heilbron, « The path to the quantum atom »

Séance 2 

D. Howard, « Who invented the Copenhagen interpretation ? »

R.E. Kastner, « Why the Afshar experiment does not refute complementarity »

C. Calosi, J. Wilson, « Quantum metaphysical indeterminacy »

P. Pylkännen, « The quantum epochè »

M. Cuffaro, « The Kantian framework of complementarity »

M. Cuffaro, « Causality and complementarity in Kant, Hermann, and Bohr »

Séance 3 

P. Mittelstaedt, « The constitution of objects in classical physics and in quantum physics »

C. Chevalley, « La physique de Heidegger »

F.I. Pris, « Heidegger's quantum phenomenology »

P.A. Heelan, « Hermeneutics of Experimental Science in the Context of the Life-World »

P.A. Heelan, « Consciousness, Quantum Physics, and Hermeneutical Phenomenology »

P.A. Heelan, « Phenomenology, Ontology, and Quantum Physics »

Séance 4 

S. French, « A phenomenological solution to the measurement problem? Husserl and the foundations of quantum mechanics »

S. Osnaghi et al. « The origin of the Everettian Heresy »

T. Bilban, « Husserl's reconsideration of the observation process and its possible connections with quantum mechanics »

D. Bohm, « On a new mode of description in physics »

Séance 5 

D. Mermin & C. Fuchs, « An Introduction to QBism with an Application to the Locality of Quantum Mechanics »

M. Smerlak, C. Rovelli, « Relational EPR »

Séance 6 

Matias Graffigna, « Outlines for a phenomenological foundation of De Ronde's theory of powers and potentia »

Richard Healey, « How Quantum Theory helps us explain »

Christopher Fuchs, « On participatory realism »



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